L'Amphion du Métropolitain

Retour à l'Accueil

 

Ici les vitres ne givrent pas
et derrière on ne voit pas les plaines sibériennes
Ici on devine seulement
au-dessus des voûtes des tunnels et des stations
cette tourbe parisienne
sur laquelle ne poussent
que des pavés

fleurs fossilisées par d’infinis piétinements de semelles
d’infinis roulements de pneus
laminant leurs minérales pétales

Dans ce réseau
les seize mille lieues qui l’éloignent
du lieu de sa naissance
tracent une spirale
qui de boucle en boucle
le ramène toujours
à son originel point ombilical

Il se souvient
               « Je suis né dans le ventre de Paris
                 à seize mille lieues de la Sibérie »

 



 

<Vers page 2

Il ne peut contempler le Kremlin
comme un immense gâteau tartare
croustillé d’or
Seule lui apparaît
la meringue blanchâtre
du Sacré-Cœur
et les toits de Montmartre

Et défilent les stations
qu’une voix de corde raide
annonce et répète
pour ranimer l’écho de ses souvenirs
vers ces espaces parallèles
qui prolongent la présence à ses côtés
de femmes oubliées

À Concorde elle est blonde les souliers blanchis
par les poussières du jardin des Tuileries

À Chaussée d’Antin elle n’est jamais la même
et piétine rue de Provence entre deux portes d’hôtel
dans lesquelles à l’accueil
le patron distribue les serviettes

Aux Invalides elle est rousse
la neige sous ses pieds
garde gravé l’impatience de nos étreintes
puis les brouille de pluie et de boue 

Au-dessus des portières
les trajets lumineux
inscrivent parfois les noms d’une ville étrangère
Stalingrad
               Liège
                          Anvers                                                                  Rome

Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Vers page 4>

 large