L'Amphion du Métropolitain

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Amphion aime Paris comme le ventre d’une mère
Un ventre qu’il craint de quitter
tremblant peut-être lorsqu’il atteint l’une de ses portes
ou traverse
comme pour accéder à une rive hostile
les boulevards des Maréchaux

Dans sa poche
La prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France
Son catalogue de voyages qu'il parcourt
dans le refuge des rames de son métropolitain
entre  Miromesnil  et La Fourche
      entre Étienne Marcel et Château Rouge
                entre Pont Marie et les Gobelins


Il récite :

J’étais à seize mille lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers
et des sept gares

Ces seize mille lieues du lieu de sa naissance
lui provoquent un vertige dont aucun garde-fous ne peut le protège 
Ne m’a-t-il pas avoué n’être parti qu’une unique fois
hors des murs de Paris
à l’âge de douze ans
pour Dieppe avec des camarades de la communale
C’est là-bas qu’il faillit se noyer

Sur le mur de sa chambre Amphion a épinglé
le plan du Chemin de Fer Métropolitain


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celui du Paris des années 30
dont aucune ligne de son réseau
ne déborde des fortifications
Pelote de fils barbelés

entremêlés autour des rives de la Seine
ses trajets dessinent leurs courbes de couleur
pour aller mourir porte de Clichy

 

porte des Lilas
                porte d’Auteuil
                                    ou Porte Maillot

C’est le long de la toile de ce réseau
que roule son Transsibérien
sans le sifflement de la vapeur
et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel

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