Ruminations noires

 

Un homme de Philip Roth

 Au cimetière juif d’Elisabeth, à la sortie de l’autoroute du New Jersey, un homme est enterré. Autour de sa tombe sont rassemblés ses deux fils Randy et Lony issus d’un premier mariage, ainsi que l’une des ses trois ex-femmes Phoebe et sa fille Nancy. Son frère aîné Howie, sa belle sœur, quelques proches sont également venus lui adresser un ultime adieu.
Toute sa vie, cet homme, retraité, ex-directeur dans la pub, a été traqué par de multiples maladies. A neuf ans, il a été opéré d’une péritonite. Vingt-deux ans plus tard, il a subi sa première opération du cœur. D’autres vont suivre, sept en tout, dont un quintuple pontage coronarien. La veille de la dernière intervention, dont il ne se réveillera pas, il repasse, en un long flash-back, le film de sa vie et se confesse.
Cet homme, ce personnage principal, dont nous ne saurons jamais le nom, rumine sur ce corps-machine qui le porte et ses organes qui se délabrent au fil du temps. Ce corps à jouir, soumis à l’incontournable problématique du vieillissement, « une bataille tu verras et il faut lutter sur tous les fronts ».
Alors, quelles sont les solutions? Il faut faire en sorte de contrôler sa vie, en avoir la maîtrise, car  « L’homme que je suis, c’est moi qui l’ai fait ». Et il n’est pas question pour ce personnage Juif athée, de se voiler la face avec un arrangement d’ordre religieux, car « la religion est une imposture qu’il a très tôt démasquée », de même « Dieu est une fiction et la vie est la seule qui nous soit donnée ».
Si cet homme a été un publicitaire à succès, sa vie familiale a subi en revanche trois mariages ratés. Ses deux fils Randy et Lony le perçoivent comme « un imposteur dans son rôle de père » et « un aventurier du sexe » qui convole avec une mannequin, Phoebe, de vingt-six ans sa cadette. Seule sa fille Nancy restera proche de lui.
Rongé par la solitude, son lien à l’autre est quasi inexistant, à l’exception de ses deux dernières années de vie, où il porte un intérêt à des gens auxquels il donne des cours de peinture.
Enfin, on perçoit, niché au fond du personnage principal de Philip Roth, un petit garçon qui a toujours eu peur de l’anéantissement par les eaux, un petit garçon dont le bonheur était de transporter les diamants « immortels » de son père joaillier.
A quelques jours de subir sa septième opération, il s’informe auprès du fossoyeur du cimetière d’Elisabeth sur le technique de mise en place d’une tombe ? Est-ce l’enfant ou l’adulte, qui se demande à ce moment-là, si « les os ne seraient pas la seule consolation pour un homme qui ne croit pas à l’au-delà ? »
Ce vingt-septième livre de Philip Roth, d’une grande puissance littéraire, nous confronte à la déchéance humaine. Il est noir, glacialement désespéré.
Distingué par de nombreux prix, le nobélisable Philip Roth aboutira probablement un certain jour d’automne à la distinction suprême de la littérature.

Patrick Ottaviani (10/2011)

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Un homme Philip Roth

Ecrivain américain Philip Roth est né le 19 mars 1933 à Newark, dans le New Jersey. Il se fait connaître grace à son recueil de nouvelles ‘Goodbye, Columbus’ qui remporte le National Book Award en 1960, et à son bestseller ‘Portnoy et son complexe’, paru en 1969. Philip Roth est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages qui ont pour la plus part obtenu des  prix. Il vit aujourd’hui dans le Connecticut.  

 

Philip ROTH

"Il faut faire en sorte de contrôler sa vie, en avoir la maîtrise, car  « L’homme que je suis, c’est moi qui l’ai fait »."

 

Philip ROTH

 

Lire la chronique du dernier roman de Philip Roth Le rabaissement sur le site d''Encres Vagabondes. (Lien vers la chronique)

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