Le Repas dominical

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Le repas dominical

                               

             

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                              

 

Il a neuf ans

 

Les clapiers se situent juste derrière le hangar.

 Ce matin, grand-père a ouvert une cage et a dit « Viens par ici mon coco ! », et il a attrapé Fritzie par les deux oreilles.

 Grand-père tue les lapins.

 Il l’a vu faire, en douce.

 Grand-père était de dos ; il s’activait après Fritzie. Il ne comprenait pas trop ce qui se passait. A un moment, il a aperçu le lapin pendu par les pattes après le fil à linge de grand-mère. Grand-père commençait de le dépecer. Une boyasse chaude fumait au sol.

 En viande, au repas dominical, il y avait Fritzie. Quand grand-mère a sorti du four le lapin rôti, il a brutalement quitté la table. Sans y réfléchir. Serviette autour du cou, il est allé dégobiller vers le hangar la salade de tomates qu’il venait de manger.

 Grand-mère est venue le voir. Que lui arrive-t-il ? Maman était absente. Il ne savait jamais où elle était. Il aurait aimé lui dire quelque chose, mais quoi ?

 En cuisine, là où ils déjeunaient, grand-père avait terminé le découpage de Fritzie. Avec délectation, il grignotait  la tête de l’animal.

  L’après-midi, furetant dans le garage, il a déniché un couteau lourd et pointu. Après, l’idée du jeu lui est venue machinalement. Il s’est mis à le lancer, en le tenant par la lame, contre le cerisier préféré de grand-père, celui qui donne de jolis bigarreaux.

 Plusieurs fois il rate l’arbre et le couteau retombe au sol. Son dernier essai est le bon : la lame se fiche en plein milieu du cerisier et il pousse un cri de victoire.

 

 (novembre 2015)

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