Les aubes

                                           Les Aubes 

Revenir… Revenir
Revoir le sentier spongieux où nous marchions
Nous tenant par la main.
Sentir sous mes pas la terre meuble.
Trébucher comme cela nous est arrivé tant de fois
Lorsque le temps d'orage
Effaçait les sillons creusés par les tombereaux,
Laissant les églantiers égratigner nos bras
Et déchirer nos vêtements trop légers,
Légers comme nos rires.
Attendre comme autrefois,

Dans la cabane aux planches disjointes
Où nous avions goûté l'aigre saveur de l'automne,
Que l'obscurité nous rejoigne.
Regarder à travers les saules au feuillage déjà rare
Les nuages teintés par les lueurs mouillées.
Voir s'épandre la  brume sur les étangs,
Croire que, dans l'ombreux mystère de septembre
Tu surgirais d'un buisson de brouillard ouaté,
Que tu ne dirais rien
Mais que dans ce silence
J'écouterais battre mon cœur
Et peut-être le tien 

Revenir…revenir…
Prendre le risque de ne plus rien reconnaître
De ne plus retrouver la couronne de jonc
Qui bordait la petite plage
Où jouaient les enfants
Jusqu'au crépuscule
Au milieu des troupeaux qui apaisaient leur soif,
Se souvenir d'avoir aimé le paysage voilé de brume,
D'avoir, dans l'extase amoureuse, passé la nuit
À communier dans l'espérance
D'une aube embuée…
Croire que tout peut maintenant recommencer
Dans le fraîcheur humide d'un jour renaissant…
Ce matin-là, l'aube était sèche …

 

                                         Jacqueline Charliac 

 

   TMRetour à l'Accueil

 

                        

                             

 

                   

                                

            

  

 

                                    

 large