MISERY au Théâtre Hébertot

MISERY


  Misery
le roman de Stephen King et son adaptation cinématographique de Rob Reiner sont pour ainsi dire dans notre mémoire culturelle collective.  

  Chacun se souvient de cet écrivain – sorte d’alter égo de King – qui épuisé de traîner en longueur les aventures du personnage de Misery, se lance dans l’écriture de ce qu’il veut être son œuvre propre. Son roman ! Pour cela, pour se libérer de l’accaparant univers de sa saga, il tue dans un ultime volume son héroïne. Chacun se souvient aussi de cette admiratrice sans réelle mesure de l’œuvre de son écrivain favori dont elle prétend être « le fan numéro un ! » sans qu’il puisse, selon elle, y avoir l’ombre d’un espoir pour l’existence d’un second.

  Annie, le fan numéro un, au psychisme ambigu flottant entre réalité et fiction est amenée, après avoir sauvé d’un accident de voiture Paul Sheldon, son idole, sans que nous soyons certain qu’elle n’est pas à l’origine des circonstances de celui-ci, séquestre l’écrivain pour l’obliger à corriger son abominable crime (sic) : avoir tué Misery !

  Il faut tout d’abord saluer bas… très bas, en caressant le sol du théâtre Hébertot de nos chapeaux, la prestation de Myriam Boyer et Francis Lombrail qui maîtres du jeu et de la tension qui règne dans la salle durant la pièce, nous offrent un admirable duo d’acteurs.

  Entre représentation théâtrale et effets cinématographiques Daniel Benoin nous introduit par sa mise en scène dans un spectacle exemplaire. La projection de scènes filmées sur les murs de la chambre de l’écrivain supplicié nous suggère ses cauchemars, et pour nous introduire dans les parties hors-champ du chalet d’Annie la tortionnaire et nous montrer ce que l’on ne peut voir de nos fauteuils, un écran escamoté diffuse des séquences également filmées où nous suivons – sans changer de plateau – les quelques actions se déroulant derrière les murs de la chambre/prison de l’écrivain. Pour le reste, sur la vaste scène d’Hébertot figurent pour seuls décors, un lit médicalisé – croix du supplicié –, une table sur laquelle repose une machine à écrire dont les lettres frappées résonnent comme une litanie obsédante sous les doigts de l’écrivain martyrisé et en fond de scène, une vaste baie vitrée derrière laquelle il neige… pleut… ou bruine, diffuse son inquiétante clarté sur le tableau de ce drame.     

  Représenter une telle œuvre au théâtre après le livre et surtout le film relève d’un certain courage. Mais le courage n’est remarquable que lorsque la prouesse est accomplie. Celui de Daniel Benoin et de son équipe est largement récompensé.

David Nahmias (11/2018)

Hebertot misery derniere affiche validee
Téâtre Hébertot

Une pièce de William Goldman d’après le roman de Stephen King
Adaptation française Viktor Lazlo
Mise en scène Daniel Benoin
Assistante à la mise en scène Alice-Anne Filippi Monroché
Avec Myriam Boyer et Francis Lombrail

Scénographie Jean-Pierre Laporte
Costumes Nathalie Bérard-Benoin
Lumières Daniel Benoin
Vidéo Paolo Correia

 large