Michel-Ange et les fesses de Dieu au Théâtre 14

Une œuvre, un artiste, un commanditaire, une trinité que l’on rencontre souvent, mais dans le cas de la pièce de Jean-Philippe Noël que nous propose le Théâtre 14, cette trinité atteint des sommets ; ainsi l’œuvre n’est pas moins que la rénovation de la voûte de la chapelle Sixtine, l’artiste l’éminent Michel-Ange et le commanditaire Jules II, ce pape guerrier qui préférait être représenté avec une épée à la main plutôt qu'avec une Bible.

Le décor de la pièce adroitement élaboré et réalisé par Nils Zachariasen : un rideau blanc couvrant un quart de la scène et un échafaudage, nous suggèrent la chapelle Sixtine et sa voûte pendant la réalisation du travail de Michel-Ange. Artiste jaloux de son œuvre au point de refuser toute aide, pas même celle de ses élèves, pour peindre les infimes détails si peu visibles qui n’ôteront rien à la force des éléments principaux de son œuvre, c’est lui et lui seul qui peindra l’immense surface de ce plafond. « Mon regard, je l’avoue, est toujours fixé vers le but sublime où je dois tendre. » écrivait Michel-Ange dans un de ses poèmes, car ce génie usait de sa plume aussi habilement que du burin.

Michel-Ange et les fesses de Dieu est une réflexion sur l’art et la manifestation du divin qui parfois l’anime. C’est son âme que Michel-Ange met en jeu dans la réalisation de cette œuvre. On ne joue pas à la légère avec son âme et nous découvrons les doutes, les moments de désespoir du génial sculpteur contraint à peindre un plafond. C’est son combat pour atteindre  l’œuvre parfaite, une perfection que lui seul saurait reconnaitre ; le combat de son âme pour atteindre au sublime, dont nous parle la pièce de Jean-Philippe Noël.

Cette lutte poignante de l’ange avec son divin ouvrage nous est dévoilée par le talent de Jean-Paul Bordes, intraitable Michel-Ange et celui de François Siener, pathétique Jules II dont les tirades frappent notre esprit au plus intime de ses replis.  Entre ces deux caractères bouillonnants d’énergie, Mattéo le serviteur de Michel-Ange, témoin du miracle de cette création, nous éclaire sur son maître et son destin, en introduisant souvent des touches d’humour, Mattéo interprété par la belle figure d’acteur de Jean-Paul Comart.

Cette rencontre imaginée par Jean-Philippe Noël nous permet, le temps du spectacle, de traverser six années de la vie de Michel-Ange et de ce siècle flamboyant où tant d’artistes rivalisaient pour donner le meilleur de leur art. Le personnage de Jules II nous le dit bien : c’est de l’art que naissent les divinités.

Michel-Ange et les fesses de Dieu nous introduit avec fraîcheur dans ce siècle ancien, alors ne manquez pas cette belle incursion dans l’histoire d’un des plus colossal chef-d’œuvre de notre patrimoine culturel.

                             

David Nahmias (01/2018)

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Michel-Ange et les fesses de Dieu

de Jean-Philippe Noël

Mise en scène Jean-Paul Bordes
Assistée de Dominique Scheer

Scénographie Nils Zachariasen
Lumières Stéphane Balny
Costumes Pascale Bordet
Création sonore Michel Winogradoff -

Avec :

François Siener - Jules II
Jean- Paul Bordes - Michel-Ange,
Jean-Paul Comart - Mattéo
César Dabonneville - Modèle

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