Lucrèce Borgia au Théâtre 14

Photolot lucrece02
On ne peut éviter Victor Hugo, il est de notre siècle comme il a été du sien, et André Gide peut soupirer d’outre-tombe son profond Hélas ! cela est sans effet. Hugo nous est nécessaire Ainsi le Théâtre-14 nous offre actuellement une belle interprétation de sa Lucrèce Borgia mise en scène par Frédérique et Henri Lazarini.

Qui est donc la Lucrèce Borgia d’Hugo ? Prenez un personnage animé des mœurs les plus abominables, les plus abjectes, une femme, par exemple, moralement repoussante, donnez-lui de la beauté physique et de la grandeur royale, et maintenant ajoutez à toute ses difformités morales un sentiment pur, le plus pur qu’une femme puisse éprouver : le sentiment maternel, l’amour pour son enfant ; soudain vous aurez pour ce monstre/femme de la compassion, de la pitié voire des larmes. Cette âme difforme deviendra presque, à vos yeux, belle. Ainsi est la Lucrèce Borgia de Victor Hugo.

Le poète sait d’instinct des vérités que la science plus tard tentera de traduire. Ainsi, dans Lucrèce Borgia il est aisé de constater que bien des clignotants de la psychanalyse moderne s’allument déjà et nous racontent la secrète dramaturgie que l’on retrouve dans l’inconscient du noyau familial.

Photolot lucrece01

Au théâtre 14, le rideau se lève sur des personnages portant des masques macabres. Ils avancent alignés vers nous spectateurs, accompagnés d’une musique de circonstance, comme dans une tragédie antique avant d’arracher leur masque pour que commence le drame à visages découverts.

Frédérique Lazarini dans le rôle de Lucrèce alterne sur scène avec l’aisance de son talent, des moments de folle violence, des moments d’exubérante animosité, avec des phases de tendresse et de faiblesse aussi délicates qu’un cœur aimant et souffrant peut exprimer. Bravo.

Dans la mise en scène de ce Lucrèce Borgia menée par les Lazarini, les décors sont pour ainsi dire inexistants, seule la nature des âmes (et leur interprétation) qui s’opposent sur scène excite notre imaginaire. Ces âmes évoluent sur fond rouge et noir, costumées également de tons rouge et noir pour mieux marquer la polarité des pulsions qui animent la pièce : l’amour et la mort.


Un beau moment de théâtre qu’il serait dommage de manquer.
Un beau moment de théâtre dont nous sortons en emportant avec nous une certaine moralité sévère et profonde.

 Photolot lucrece03

Photos LOT

David Nahmias (5/2017)

 Accueil

Lucrece

Lucrèce Borgia
de Victor Hugo

Au Théâtre 14

Mise en scène de Henri Lazarini et Frédérique Lazarini

Assistante à la mise en scène Lydia Nicaud
Éléments scéniques Pierre Gilles
Musique John Miller
Lumières Cyril Hamès

Avec Frédérique Lazarini - Lucrèce Borgia
Emmanuel Dechartre - Le Duc Alfonse d'Este

Didier Lesour - Gubetta
Marc-Henri Lamande - Rustighello
Hugo Givort - Gennaro

Louis Ferrand - Ascanio
Clément Héroguer - Apostolo
Pierre-Thomas Jourdan - Geppo
Adrien Vergnes - Oloferno

Kelvin Le Doze - Maffio

 large