Les plumes fauchées - Pierre DAVID

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  Couverture des ecrivains 14 18Aux Trompettes Marines, nous aimons, sans doute l’avez-vous déjà remarqué, fouiller les arcanes du passé littéraire et en ressortir, à l’occasion, tel ou tel déshérité.
  Là, nous venons de faire une découverte extraordinaire. Un ravissement nous étreint, que nous aimerions vous faire partager.
  En 1924, à la bibliothèque du Hérisson, paraît une fabuleuse anthologie, dirigée par Thierry Sandre (Prix Goncourt 1924) l’ANTHOLOGIE DES ECRIVAINS MORTS A LA GUERRE. Cinq tomes, 1500 pages relatives à près de 700 hommes de plume, confirmés ou en herbe, tombés sur le champ de bataille. Certains sont déjà honorés, comme les célèbres Péguy, Fournier… d’autres, moins avancés, élaborent, tels Pierre David, Georges Mercié, André Puget, présenté par Claude Farrère (Prix Goncourt 1903) des écrits gorgés de promesse.
  Leurs affinités littéraires étaient éclectiques. Nombre étaient poètes, romanciers en herbe, ou auteurs dramatiques, épistoliers, géographes, journalistes… et leur vie bascula brutalement dans la mort par le fait d’une balle ou l’éclat d’un obus.
  Nous avons intitulé cette rubrique : Les plumes fauchées et nous reproduisons intégralement le texte de l'anthologie sans y apporter aucune modification. 

  Ils aimaient taquiner la Muse et des sentiments de fraternité, de vaillance, et de sacrifice les associèrent en des liens indicibles le temps de la « Grande Guerre 14-18. »

Pierre DAVID - 1886 - 1918

Par René Groos

Pierre David est né à Paris le 6 décembre 1886. Il a été tué à l'ennemi, le 1er août 1918, dans le secteur de Soissons.
Pierre David, dont le nom demeurera symbolique chez ses frères de race et de pensée, était né d'une famille juive fermement attachée aux traditions israélites.
Il fit ses études au lycée Janson-de-Sailly et prépara l'examen d'admission à l'École Polytechnique à la fois que la licence ès-lettres; mais, stimulé par un tempérament ardent et combatif, âme généreuse et tout avide de servir, il abandonna les bancs universitaires pour l'action.
Porté vers les problèmes économiques et soutenu par le plus rare patriotisme et le plus ferme réalisme, il collabora activement à l'Information, à la Cote Vidal, à de nombreuses revues financières et économiques. Sans indulgence pour l'économie libérale, où il voyait l'erreur d'un siècle soumis aux influences étrangères, il fut assez vite amené à se poser dans toute son acuité la toujours brûlante « question juive » : la composition de sa bibliothèque politique témoigne de ce souci et de la longue recherche qu'il mena. Un sentiment dominait tous ses actes et toute sa pensée : l'amour de la France. Ce fut, finalement, dans le nationalisme intégral qu'il trouva la solution du problème qui le hantait : l'admirable testament qu'il adressait à Charles Maurras trois années avant de tomber pour la France, et que l'on retrouva dans son portefeuille après sa mort, témoigne magnifiquement de cette évolution.
De cette rencontre de Pierre David avec la doctrine de l'Action Française naquit la campagne qu'il mena à la Journée et continua à la Journée Industrielle du 15 mars 1918 jusqu'à sa mort. Sous le titre général: « Réflexions sur l’après-guerre par un qui fait la guerre », il adressait du front à ce journal des notes de la plus extraordinaire lucidité et du patriotisme le plus ardent. « Ayant fait à l'avance le sacrifice de sa vie, écrivait le directeur de la Journée Industrielle, dans l'article nécrologique que publia ce journal à la nouvelle de la mort de Pierre David, il entendait que ce sacrifice ne fût pas inutile et que la France victorieuse ne se laissât point duper par certains doctrinaires jobards qui font plus ou moins le jeu de 'nos ennemis en s'efforçant de les mettre à l'abri des conséquences matérielles de leur crime.» Et Pierre David montrait, en des pages magistrales - pages tout imprégnées de réalisme viril et franc qu'il faudra bien quelque jour réunir en volume - le danger de ce qu'il appelait les « nuées libérales», il désarticulait les dogmes sophistiques de la religion économique « des philosophes nourris de doctrines germaniques », il exposait les « principes de l'Intérêt national », préconisait la « Guerre Totale », des « mesures de défense économico-nationale » et l' « organisation des libertés économiques » : deux sujets « étroitement liés, disait-il, car des libertés ne peuvent être accordées qu'à des groupements économiques épurés et nationalisés », Ayant toujours dans son sac de chasseur à pied « de quoi lire et de quoi écrire n, il écrivait ses articles dès que les combats lui laissaient un moment de répit. « Il est sans exemple, je crois, dans la presse économique, mandait-il au directeur de la Journée, qu'on ait pu interrompre de savantes dissertations pour se coller un masque sur le nez : si mes articles venaient à avoir besoin de circonstances atténuantes, je vous propose celle-là. » Cette lettre pleine de bonne humeur et de sérénité est datée du 4 juin 1918; le 20 juillet paraissait son dernier article; dix jours plus tard, il tombait pour la France qu'il avait si loyalement, si complètement, si passionnément servie. Marius Plateau, qui fut son camarade de front, a tracé de Pierre David le portrait suivant: « C'était un garçon loyal... très intelligent et très cultivé, ... au point de vue militaire un soldat d'élite. » Il n'avait jamais douté de la victoire, note la Journée Industrielle du 20 octobre 1918.» Et Charles Maurras a consacré à Pierre David, dans l'Action Française du 28 octobre 1918, un important article que, sous ce titre général: Un héros Juif d'Action Française, on pourra relire dans Tombeaux.

 


RÉFLEXIONS SUR L'APRÈS~GUERRE PAR UN QUI FAIT LA GUERRE
de Pierre DAVID

Ce matin, un brouillard dense enveloppe le paysage ; la tête penchée au-dessus du parapet de la tranchée, j'essaye en vain de sonder l'étroit espace qui me sépare de la tranchée d'en face : tout est gris comme la capote feldgrau de l'ennemi tout voisin qu'on entend remuer derrière le trouble rideau favorable à ses coups de main. Ah ! ce n'est pas ainsi que nous aimons nous battre, nous autres ! Vive la lumière où l'on se voit, où l'on se compte, où l'on se vise ! Vive le soleil, les horizons nets, les formes précises! Vive tout ce qui est clair, y compris les claires pensées, les pensées à la française !
Par une association d'idées naturelle, le malaise physique que me procure le brouillard matériel m'inspire un dégoût moral plus profond que jamais pour toutes les théories brumeuses au moyen desquelles, pour le plus grand dommage de la Patrie, on a obscurci, depuis quelques lustres, une partie des cerveaux français. Ainsi, qu'y a-t-il de plus vague que ce néfaste libéralisme qui, en effaçant les irréductibles oppositions que crée la nationalité comme les gradations essentielles qui conditionnent l'autorité, a tant contribué à affaiblir, avant la guerre, nos organes de conservation sociale et de défense nationale ? Oui, pour rester dans le domaine qui est celui de la Journée, qu'y a-t-il de plus vague, par exemple, que la doctrine du libéralisme économique ?
Peut-on même, en vérité, appeler cela une doctrine ? Le libéralisme économique s'exprime un peu partout, mais ne se définit nulle part. II se sous-entend ; il s’insinue : critique acerbe de tout ce qui prend la forme d'un acte gouvernemental, il échappe à la critique par sa nature négative ; il est insaisissable et diffus ; c'est une nuée.
- Hé ! me riposte le doctrinaire dont, grâce au brouillard, j'imagine facilement la silhouette, un peu grotesque, caracolant sur le chevau-de-frise voisin ; rien n'est plus simple : le libéralisme économique, c'est tout bonnement le système économique qui favorise la liberté !
- J’entends bien, mais laquelle ? Il y a tant de libertés : celle de l'ouvrier n'est pas celle du patron, celle de l'acheteur n'est pas celle du vendeur, celle du Boche n'est pas celle du Français.
- Notre doctrine, répond mon imaginaire interlocuteur en levant lentement un doigt de brume le long de sa barbe floconneuse, notre doctrine favorise toutes les libertés et, selon les Immortels Principes, la liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre.
- Ah ! grands ancêtres, que cette formule serait pratique, s'il s'agissait de régler les rapports économiques d'une collection de cellules homogènes, quelque chose comme les éléments d'un banc de corail !... Oui, mais voilà ! Il y a entre les sociétés madréporiques et les sociétés humaines quelques différences appréciables. Rien n'est plus hétérogène que le monde des intérêts matériels dans une collectivité parvenue à un degré de civilisation avancé…
Mon cher libéral, en proclamant votre Liberté théorique avec une L majuscule, en interdisant toute contrainte gouvernementale, si ce n'est pour maintenir une apparence d'ordre, vous ne faites, en réalité, que donner un pouvoir absolu de contrainte aux intérêts les plus puissants ; vous laissez le prolétaire désarmé devant les salaires de famine ou le lock-out ; le consommateur désarmé devant le trust ; le producteur désarmé devant le dumping étranger ; vous opprimez et détruisez toutes les libertés réelles .
… Pauvre science économique vidée de tout ce qui constitue la vie est réduite de ce fait à la contemplation de formules stériles comme la loi de l'offre et de la demande ! Pauvre bréviaire d'inaction ! Et comme tout apparaît plus coloré, plus animé, dès qu'on a compris combien de facteurs extérieurs réagissent sur le domaine des intérêts matériels, combien les organismes sociaux les plus divers pénètrent les organismes commerciaux, industriels ou financiers ! On se rend compte alors que les « lois » prétendues sacrées, inéluctables, présentent au contraire, grâce à la complexité des choses, un véritable caractère de souplesse, d'indétermination. Quelles riches possibilités d'action économique s'ouvrent ainsi à une nation bien organisée !...

(Journée Industrielle du 21 mars 1918).

 

 

Pierre david carnet militaire v2

 Livret militaire de Pierre David

Voici, du reste, le texte des citations de Pierre David:

CITATION A L'ORDRE DU BATAILLON (26 juillet 1917). ~ CAPORAL DAVID (PIERRE). - « Volontaire pour toutes les missions périlleuses, notamment pendant la période de novembre 1915 à juillet 1916. A toujours été pour ses chefs un précieux auxiliaire. Gradé d'un sang-froid et d'un dévouement absolu, ayant au plus haut degré le sentiment du devoir. »
CITATIION A L'ORDRE DU CORPS D'ARMÉE (24 avtiI1918). ~ SERGENT DAVID (PIERRE). - « Sous-officier d'un grand mérite, joignant une compétence professionnelle étendue à une bravoure que rien n’émeut. Au cours des combats du 1er au 6 avril 1918, a effectué personnellement la surveillance d'un réseau téléphonique dans une zone violemment bombardée. Le 4 avril, a donné l'exemple à son personnel en établissant une ligne à travers un violent barrage d'artillerie. »
CITATION POSTHUME. ~SERGENT DAVID (PIERRE). - « Sous-officier d'une grande valeur morale, modèle de devoir hautement compris, précieux auxiliaire pour ses chefs. A donné en toutes circonstances l’exemple du, dévouement le plus absolu. Glorieusement tombé à son poste de combat le 1er août 1918. »

BIBLIOGRAPHIE

RÉFLEXIONS SUR L'APRÈS-GUERRE PAR UN QUI FAIT LA GUERRE (Journée et Journée Industrielle). - Articles et études diverses in Information. – Études dans diverses revues économiques.

CONSULTER : Pierre David, par Et. Bernard-Précy (Journée Industrielle, 8-9 septembre 1918). - Tombeaux, par Charles Maurras (Nouvelle Librairie Nationale, 1921). - Un héros juif d'Action Française, les citations du sergent Pierre David, le testament de Pierre David, par Charles Maurras (Action Française du 27septembre 1920), - La question juive, par Robert Havard de la Montagne (Action Française du 10 janvier 1922 et passim). - L'an prochain ...  Jérusalem, par ]. Martial Auricoste (Édition de la Revue des Sociétés secrètes, 1922). - Réponse à Monsieur Paul Lévy, par René Groos (Subervie, éditeur, 1922). - Enquête sur le problème juif, par René Groos (Nouvelle librairie Nationale, 1924). - Lé témoignage des Morts, par René Groos (Nouveau Mercure d'octobre 1922). - D'une anthologie juive, par René Groos (Revue critique des idées et des livres de septembre 1923). - Anthologie juive (tome 2), par Edmond Fleg (Crès. éditeur, 1923). - L'enquête sur le problème juif, par Eugène Marsan (Action Française du 26 janvier 1924


Hommage de Charles Maurras à Pierre David dans L'Action Française 

Action francaise article de maurras

 

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