Le Serment d'Hippocrate au Théâtre-14

Le serment d hippocrate 1 Une pièce de Louis Calaferte est toujours une fête de l’esprit et de l’intelligence. Avec Le Serment d’Hippocrate que propose le Théâtre-14 (création de Patrick Pelloquet), nous assistons à une démonstration de l’éternel dilemme du pouvoir des dominants sur les dominés. La blouse blanche incarnant ici l'autorité sur les simples patients qui ne peuvent subir que les certitudes d'un prétendu savoir.

 Le sujet de la pièce est très proche de celui du Docteur Knock de Jules Romain ou du Malade imaginaire de Molière. C’est le corps médical qui est mis sur la sellette sous la plume de Louis Calaferte.
 Cette critique du milieu médical n’est ni l’argent que les médecins se font sur le dos des clients (pardon des patients !) tel qu’on le comprend dans le Docteur Knock, ni la suffisance et la prétention des médecins devant ces pauvres patients ignorants et crédules à l’extrême, tel le pauvre Argan de Molière, mais cette science qui évolue sans vraiment fondamentalement changer quelque chose à notre mort programmée et certaine.
 Dans Le Serment d’Hippocrate nous sommes confrontés à deux générations de médecins : le père et le fils qui malgré leurs différences de méthodes – le plus jeune ne trouvant plus nécessaire de prendre la tension du malade pour établir un diagnostic et l’ancien toujours fidèle à ses instruments et à ses vieilles recettes. Nous pourrions croire que le traitement de l’un sera différent de l’autre, mais point du tout !... il est à quelques variantes près le même. A tel point que dans cette famille de médecins, on reste persuadé qu’il y avait un grand-père médecin, un arrière-grand-père médecin et qu’il y aura un petit fils médecin, avec des méthodes certe différentes mais avec la même impuissance à nous garantir la vie sauve. Calaferte met dans la bouche du médecin père une phrase qui par la force de son humour ne peut que nous interroger : « Lorsqu’il n’y aura plus que la maladie, sans les malades, les choses iront bien plus facilement et vite. »

 Les scènes se déroulent dans l’appartement d’un couple modeste où vivent également la mère de l’épouse – dont la soudaine syncope provoque le débarquement du corps médical – et le père de l’époux. Une famille où on ne case pas les vieux en maison de retraite. Quand on a un père ou une mère, on se les garde près de soi.
 Pendant les visites des deux médecins (père & fils) qui se succéderont, il faut avoir des yeux partout pour observer le jeu des six personnages dans leurs postures stéréotypées. C’est comme si nous étions devant une mosaïque de one-man-shows qui s’emboiteraient les uns dans les autres. L’humour nous est transmis autant par la justesse des répliques de Louis Calaferte que par le jeu en finesse des acteurs, c’est à dire Gérard Darman le papa (mon préféré), Pierre Gondard le docteur Blondeau père, Patrick Pelloquet, Lucien, Christine Peyssens, Madeleine, Yvette Poirier, bonne maman, et Georges Richardeau le docteur Blondeau fils.

 Cette pièce qui montre d’un doigt sévère le milieu médical, pourrait facilement être transcrite pour dénoncer toutes les professions qui appliquent la formule magique du dominant sur le dominé, telle, entre autres, celle des politiques vis-à-vis de leurs électeurs.

 Vous passerez, sans conteste, un moment jovial au Théâtre-14 avec Le Serment d'Hippocrate, et si par hasard vous avez rendez-vous le lendemain avec votre praticien, il sera étonné de vous voir imperceptiblement sourire devant son air doctoral.

David Nahmias

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Le serment d hippocrate
Téâtre 14

de Louis Calaferte

Mise en scène Patrick Pelloquet
Assistante à la mise en scène : Hélène Gay

Avec :

Gérard Darman,
Pierre Gondard,
Patrick Pelloquet,
Christine Peyssens,
Yvette Poirier,
Georges Richardeau


Scénographie : Sandrine Pelloquet
Costumes : Anne-Claire Ricordeau
Lumière : Emmanuel Drouot
Maquillage : Carole Anquetil

 

 

 

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