LA PEUR au Théâtre Michel

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A la lecture de La Peur de Stefan Zweig, il est difficile, de prime abord, d’imaginer son adaptation théâtrale. Nous sommes dans ce texte dans le huis-clos d’une conscience de femme. Pourtant Elodie Menant a réalisé avec la soixantaine de pages de cette nouvelle une réécriture scénique magique et magistrale.
Irène, le personnage principal de La Peur de Zweig serait, pour imager le sujet, une créature issue d’une Madame Bovary et d’un Raskolnikov. Sur scène ce rôle est tenu par Hélène Degy qui nous éblouit par sa beauté, mais surtout par son interprétation flamboyante où elle ne ménage aucun des efforts que réclame son métier. Une perle !

Bourgeoise aisée, mariée à un avocat de renom, mère de deux adorables enfants, Irène devrait être heureuse, jouir sans compter de ce bonheur ; mais voilà son couple tout en étant parfait se voile avec le temps des teintes de l’ennui et peu à peu se révèlent à elle les difficultés de communiquer pleinement avec Fritz (Aliocha Itovich), son mari bien trop préoccupé par ses dossiers, ses terribles dossiers de criminels qu’il lui faut toutefois défendre.
Alors pour un pianiste qui a su l’écouter et la comprendre, Irène commet l’accroc, nous dirons le banal accroc qui s’ajoute au panorama de sa vie sans rien détruire du château de cartes si solidement agencé. Une carte qu’elle tient innocemment secrète, une carte bien à elle.
Tout semblait si simple que la soudaine menace d’une femme (magnifique Ophélie Marsaud) de dévoiler sa faute à son mari, ramène Irène à une réalité qu’elle ne supporte pas de voir, une réalité qui l’effraye et introduit dans sa chair les ongles de la peur. Elle devient une de ces criminels que son mari pourrait défendre.
De chantage en chantage, les nœuds de la peur se resserreront sur elle.

La force du texte de Zweig tient à l’analyse de l’impossibilité pour la fragile coupable de se délivrer de sa faute et du mal qui la ronge par le simple aveu de son forfait. Bien plus que la peur de détruire les fondations de son couple et de sa confortable situation, c’est la honte qu’elle éprouverait en avouant qui la contrait à se taire. La honte.

L’astucieux décor d’Olivier Defrocourt : trois panneaux en angles amovibles qui nous offrent à chaque nouvelle scène un point de vue différent de l’intérieur du couple, très années cinquante (poste de radio TSF, table en formica, combiné téléphonique mural en bakélite, horloge orange, etc.), associé aux costumes de Cécile Choumiloff et Sylvie Lefray également au gout des années cinquante, donne à l’ensemble un aspect particulier de film noir et blanc colorisé.

A partir de cette nouvelle poignante à la morale ambigüe de Stefan Zweig, Elodie Menant a conçu un spectacle palpitant qui nous fige sur nos sièges jusqu’à son surprenant dénouant.    

David Nahmias

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D’après: Stefan ZWEIG

Mise en scène, scénographie et adaptation : Elodie MENANT
Décor: Olivier DEFROCOURT 
Costumes:Cécile CHOUMILOFF et Sylvie LEFRAY
Lumières: Marc AUGUSTIN 
Graphistes: Mathieu STORTOZ et Salima GLAMINE

Distribution:
Hélène DEGY
Aliocha ITOVICH
Ophélie MARSAUD

Tourneur: Atelier Théâtre Actuel et ZD Productions

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