Inutile recueil de poésies de Mandin

 

 

Inutile

Inutile
Ce quatrième recueil de Mandin offre une perspective différente, bien qu’on reconnaisse cette écriture toujours aussi plastique — rare dans la poésie contemporaine. Si l’influence japonaise est présente, c’est sans doute parce que cette civilisation dans son essence porte beaucoup moins ce dessin de l’utile que la société occidentale, c’est surtout parce que le poète de « l’inutile » s’inscrit dans la recherche continue d’un sens qui s’élabore avec la rencontre anodine, l’importance de verbes récurrents — « savoir », « exister », « devenir » ou « dire » —, une ligne centrale où l’on retrouve l’humour, la dérision, la phrase lapidaire, l’interrogation de tout l’être et de ce qui l’environne, comme cette nature beaucoup plus présente que dans les recueils précédents. « Laisse l’inutile guider tes choix », écrit le poète ; ce qui pourrait s’apparenter à un paradoxe devient cependant une sorte de viatique, souvent soutenu par l’injonction, une façon de retrouver l’essentiel, la langue du visuel, du silence, du non-dit, non pas contre l’utile, mais parce que ce dernier risque de nous priver de cette incertitude qui fonde une approche singulière. Ainsi la parole et la forme visent à retrouver, sans hermétisme, « cette émotion appelée poésie » si chère à Reverdy.
CLAUDE TUYERAS, Professeur de lettres.

Illustrations de l'auteur. 

Site des éditions Fernand Lanore


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marche en soulevant les pierres
détruit un monde

marche dans la mare boueuse
écrase les œufs du triton
grimpe sur le talus

la vipère sociabilisée
te tuera

alors reste chez toi
ferme portes et fenêtres
tout en amour est
sauvagerie
hypocrisie

dans la solitude

laisse l'inutile guider tes choix
cuisine des sauces

avec les détritus de ta vie

lie les avec les brumes des abandons
mange gras et bois capiteux




 Mandin

 



 



 

nul n'a de doute

sur le contenant contenu entre l'utile et l'inutile
le poète saisit l'occasion

de la nuance

 

mais oublie d'oublier les gammes
le poète dessine entre les lignes
des lignes tendues à se rompre
mais oublie de noter les mots

 

miettes du vocabulaire
pour perdre la page suivante

 

quel poète saura éluder

en jetant dans l'ombre des caractères

les certitudes d'un je à des lecteurs astigmates?

 

nul ne saura jamais lire un poème
s'il n'a pas au préalable
désappris à lire entre les lignes

le haïku est le silence sans fard d'un poète
le lecteur lit le mot à figure découverte

 

voilà l'inutilité telle qu'elle est

 

Jette ce qui est utile

l’amour de soi

l’amour d'un autre
l’amour des autres
l’amour-propre

 

garde ce qui est inutile
les sentiments

les rêves

ce qui ne s'attend pas
ce qui ne s'espère pas
la pluie un jour de pluie
le soleil l'été

le froid l'hiver

 

la cruauté de l'homme
l'affection modale d'une femme

 

tu pourras un jour mourir
détaché du bonheur

qui t'aura rendu tant envieux 

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