Goncourt 1956

Les racines du ciel
Romain Gary
Editions Gallimard 1956, Folio N° 242 1972

 

Le Jour,

        Romain Gary le jour du Goncourt 1956Le 3 décembre 1956, place Gaillon, les dix jurés de l’Académie Goncourt – Jean Giono, Roland Dorgelès, Francis Caro, Gérard Bauer, Armand Lanoux, André Billy, Philippe Hériat, Pierre Mac Orlan, Raymond Queneau, Armand Salacrou - attribuent l’illustre  trophée littéraire à l’écrivain Romain Gary pour son roman Les racines du ciel.
      Dès le premier tour, il est élu par huit voix contre une à Michel Butor pour L’emploi du temps et une voix à Angélina Bardin pour Une fille des champs.
     C’est un Goncourt qui suscite la polémique.
    Si Romain Gary reçoit les acclamations de ses pairs, d’aucuns lui  adressent une vague d’animosités, de doutes et de rancœur.
    Lors d’une émission télévisée, Pierre Dumayet, interviewant l’auteur Des racines du ciel, n’hésite pas à lui déclarer « il est bon ton de dire que c’est un Goncourt mal écrit. »
   A quoi l’auteur, impassible,  rétorque que s’il a ajouté de temps à autre quelques mots inventés – il cite comme exemple « despérado » -, ceux-ci sont tout à fait en rapport avec l’histoire qu’il a imaginée.
    Il ne faut pas avoir « la mémoire littéraire » trop courte non plus. Le premier prix Goncourt, Force ennemie, décernée à John Antoine Nau, comportait d’inventives diarrhées verbales.
   Ainsi va le monde des Lettres avec ses puristes et ses rebelles. Mais le problème se situe ailleurs. Les racines du ciel – roman qui se nourrit de thématiques avant-gardiste (à l’exemple de l’écologie sensibilisant l’exploitation abusive de la nature par les hommes) – recèle un schéma narratif approximatif et mal ficelé, quant à l’épopée d’un homme aux accents christiques se proclamant «  défenseur universel de la cause des éléphants. »
   Il y a, comme on dit, «  à boire et à manger » dans ce Goncourt 1956, une année où les grandes puissances coloniales entrent dans leurs phases de décolonisation en un contexte économique que l’on intitulera quelques années plus tard « Les trente Glorieuses. »

 

Le Goncourt, 

   Les racines du cielNous sommes en A.E.F (Afrique équatoriale française), dans le début des années cinquante. Un certain Morel - « quelqu’un de gentil et d’un peu bizarre […] qui veut toucher le cœur populaire » -, lance au cœur de l’Afrique une campagne mondiale pour l’interdiction de la chasse à l’éléphant.
   Avec sa sacoche de pétitions, il galope sur la terre brûlante en saroual blanc, à travers la forêt vierge et cette jungle où sévissent les moustiques et les serpents. Dans son épopée, lorsqu’il traverse un village, on se précipite pour le voir, on le surnomme dans tout le Tchad : Ubaba Giva, ce qui veut dire l’ancêtre des éléphants.
  C’est en ces termes que Saint-Denis (chargé administrativement des grandes réserves africaines) raconte l’histoire de Morel au père Tassin, un vieil ermite jésuite venu à sa rencontre dans la brousse.
   Alors Morel ? La paisible colonie s’interroge. Qui donc est ce trublion nouvellement venu aux allures de  Don Quichotte ? Veut-il renverser le système colonial ? S’inventer un destin en s’autoproclamant défenseur des braves pachydermes qui ne lui ont rien demandé ! Quel est le sens de sa quête tragi-comique?
   Si l’on veut en savoir davantage sur les motivations profondes du héros garylien, il faut, en une sorte de feed-back, nous rendre jusqu’au vécu d’un camp de concentration nazi. Dans le block où il est  captif, Morel est interpellé par le comportement joyeux et optimiste d’un codétenu, un certain Fluche.
   Ce Fluche en question, a trouvé un subterfuge pour échapper à son anéantissement physique par ses tortionnaires. S’ils peuvent détruire son corps, ils ne pourront jamais détruire son âme. Et le subterfuge de Fluche consiste en une permanence mentale de l’image des éléphants : « Penser à ces géants, libres, fonçant irrésistiblement à travers les grands espaces ouverts de l’Afrique. »Ainsi, échappe-t-il psychologiquement à ses bourreaux.Eléphan abattu
   Au sortir du camp de concentration libéré par les Américains, Morel erre à travers l’Allemagne en ruines. Un jour, il demande au gardien d’une fourrière comment il fait avec tous ses chiens.
« On les laisse là huit à dix jours et après on les passe à la chambre à gaz. On récupère les peaux avec les os on fait de la gélatine et du savon…
Un peu plus tard, en compagnie de deux Baltes et d’un juif polonais, Morel libère les chiens et met le feu à la fourrière… 
« C’est comme ça que je me suis lancé. »
   Ce qu’il voit et entend génère sans doute en lui l’idée future de la défense des animaux. 
Troupeau d'éléphants

    Morel n’est pas un personnage ordinaire. Il se cherche un destin, une raison de vivre. Doublon de Romain Gary-aux nombreux pseudonymes -, identitairement angoissé, il cherche une orientation et l’on devine que sa croisade, pour sauver les grands troupeaux d’éléphants que les Blancs et les Noirs menacent d’exterminer, n’est que le paravent gracile d’une tension insoluble interne qui porte le nom de solitude.
  Elle est partout la solitude dans les premières pages du roman. Les personnages en sont imbibés comme d’une glue fétide.
  Ainsi Orsini d’Aquaviva, qui tient Morel pour un agent de l’étranger chargé de créer le désordre, la désigne-t-elle comme une maladie existentielle : « L’homme en est venu au point, sur cette planète, où s’il a vraiment besoin de toute l’amitié qu’il peut trouver, et dans sa solitude il a besoin de tous les éléphants, de tous les chiens, de tous les oiseaux. »
  Orsini déteste Morel qui ne fait que lui renvoyer l’image inversée de sa sédentarité en cet A.E.F où le colon si éloigné de l’Europe est roi.

  Un intérêt majeur du roman, tient dans le rassemblement de personnages atypiques. Ainsi, le singulier Peer Qvist.
  Naturaliste danois en mission d’études en Afrique, il est « un personnage dont les sentiments humains finissent par ressembler trait pour trait à une véritable haine de l’humanité. » Il est un des premiers à signer la pétition de Morel.
  Dans cette galerie du compagnonnage de Morel, on croise également le fantasque réfugié politique américain Forsythe, « ignominieusement chassée de l’armée » selon lui, et venu se refaire une image en A.E.F. Prisonnier des communistes chinois, il a déclaré que l’Amérique était responsable d’une guerre bactériologique ayant infecté le choléra sur les populations civiles coréennes.
  On croise Hass, spécialiste de la capture des éléphants pour les zoos d’Europe.
  Waïtiri, cet africain, qui a toujours « rêvé d’être noir, d’avoir une âme de noir, un rire de noir. » Docteur en droit, licencié ès lettres, cet intellectuel est en décalage total avec son peuple aux innombrables dialectes, ses clans vivant sur des espaces immenses et hostiles, menacés par le paludisme, la sécheresse, la chaleur et la faim. Ivre de pouvoir, il a envie « d’imposer à l’histoire l’empreinte indélébile de son nom. » Gêné par Morel « le pur », il s’associe à la racaille locale comme de Vries et Habib pour mener à bien son projet.
 Romain Gary avec un éléphant Il y a Abe Fields,  un reporter américain venu dans des conditions rocambolesques prendre des photos des éléphants mais surtout de l’intrigant Morel. C’est un type agile, dur au mal, qui a photographié les conflits armés du monde entier.
  La seule femme du roman s’appelle Minna. Ex-fille de joie berlinoise violée par les Russes au sortir de la guerre, elle s’intéresse aux éléphants, aux grands espaces vierges et devient la compagne de Morel. Décodant la façon d’être du héros venu lui faire signer sa pétition, elle pense, « c’est encore une histoire de solitude ».
  Enfin, il y a l’habitant légitime de ces terres à paludisme et sécheresse. Un homme sans pouvoir, nu-pieds, misérable et son « avidité pour la viande éternellement entretenue par les famines », à l’opposé de « la noblesse » de l’éléphant, notion de Blanc, « d’homme rassasié » à l’esprit élitiste. Car une bête abattue est aussitôt dépecée par les habitants des villages qui se goinfrent, « les plus avides absorbant jusqu’à 10 livres de viande en une seule fois. » 

  Ainsi vont, sous le soleil, les personnages de la cohabitation coloniale. Qu’ils se situent en brousse ! Ou à Fort-Lamy, la ville référence. Ils sont gouverneurs, inspecteurs des chasses, commissaires de district… Loin de Paris, quasiment intouchables, ils administrent.
  Une remarque supplémentaire. En Afrique, les distances sont immenses, sans routes, partout le désert, la solitude, l’infini. En ce cadre, Morel, « qui donnerait n’importe quoi pour être un éléphant, dérange les affaires locales. Ne tire-t-il pas à vue sur le braconneur ! N’incendie-t-il pas les fermes.
  A mesure que l’on avance dans l’histoire, on découvre un personnage dense, riche en affects, assez doté d’empathie et de curiosité pour susciter chez untel ou untel, une signature de pétition, une confidence ou de la haine.
  Selon un autre angle de lecture, le Goncourt 1956, est un roman avant-gardiste. Romain Gary, s’il laisse entendre les « Tams-tams » de la décolonisation, identifie les prémices de l’écologie : « Est-ce que nous ne sommes vraiment plus capables de respecter la nature, la liberté bien vivante, sans aucun rendement, sans utilité… »
  Son texte est tout à fait contemporain. Le progrès certes, mais pas à tout vat ! Sans avoir le temps de l’intégrer. Et sans le pillage effréné de la nature.
  Si l’on veut faire un pas de plus, on comprend que, sous le couvert d’une quête tout à fait louable, les valeureux pachydermes ne sont que la métaphore d’une liberté pas toujours confortable à vivre pour l’homme qui n’a plus faim.Portrait de Gary en Eléphant
  Témoin attentif des liens humains, Romain Gary dresse une composition romanesque implacable – à la manière d’un Malraux, d’un Balzac ou d’un Dostoïevski – sur la condition humaine. Il place ses personnages dans des flux, des mouvements tragiques et cocasses, en un contexte climatique où le Blanc est comme une pièce rapportée au milieu de l’Afrique Noire.

                                                

Extrait du livre :      

 Il était apparu  devant elle au Tchadien, une fin d’après-midi, alors qu’elle choisissait, derrière le bar, les disques pour la soirée. Il avait débouché rapidement sur la piste de danse vide et s’était arrêté, les poings fermés, regardant autour de lui comme s’il cherchait quelqu’un avec qui il aurait des comptes à régler. Il paraissait à la fois menaçant et un peu perdu sur la terrasse déserte où le ciel lui-même semblait attendre le premier client. Elle lui avait souri, d’abord parce qu’elle était là un peu pour ça, ensuite parce qu’elle ne l’avait jamais vu auparavant et qu’elle avait préjugé favorablement envers les gens qu’elle ne connaissait pas. Non, il ne lui avait pas présenté sa fameuse pétition, du moins pas tout de suite. Il était venu vers elle : elle s’aperçut alors que sa chemise était déchirée, son visage couvert d’ecchymoses et que ses cheveux bouclés, désordonnés, collaient à ses temps et à son front têtu, droit, creusé de trois rides profondes. Il semblait à la fois sortir d’une bagarre et en chercher une autre. Il tenait sous le bras une vieille serviette en cuir.
Je voudrais parler à Habib.
- Il n’est pas là.
  Il parut contrarié et regarda encore une fois autour de lui comme pour s’assurer qu’elle ne mentait pas.
-  M. Habib est à Maiduguri. Il ne rentre que demain soir. Est-ce que je peux faire quelque chose ?...
-  Vous êtes allemande ?
-  Oui.
  Son visage s’éclaira un peu. Il posa sa serviette sur le bar.
Eh bien, nous sommes presque des compatriotes. Je suis un peu allemand moi-même, par naturalisation, si l’on peut dire. J’ai été déporté pendant la guerre, et je suis resté deux ans dans différents camps. J’ai même failli y rester pour de bon. Je me suis attaché au pays.
  Elle s’était penché sur ses disques, embarrassée et immédiatement sur la défensive, et pourtant, à Fort-Lamy, on était plutôt gentil avec elle, avec seulement cette soudaine attention un peu ironique dans les regards lorsque sa nationalité était mentionnée. Elle sentit soudain la main de l’homme toucher la sienne.
- Ça y est, j’ai encore dit quelque chose qu’il ne fallait pas. A force de vivre seul, j’ai perdu l’habitude de parler aux gens. Ce n’est pas mauvais à perdre, du reste.
Vous êtes planteur ?
Non. Je m’occupe des éléphants.

Affiche du fil Les Racines du Ciel

 

Quelques œuvres de Romain Gary 
Signature de Romain Gary

Romans

 Sous le nom de Romain Kacew 

L'Orage, publié le 15 février 1935 dans Gringoire
Une petite femme, publié le 24 mai 1935 dans Gringoire
Le Vin des morts, publié en 1935

Sous le nom de Romain Gary 

Romain Gary - L'HERNEL’éducation européenne, publié en 1945
Le Grand Vestiaire, publié en 1949
Les Couleurs du jour, publié en 1952
Les Racines du ciel (prix Goncourt 1956)
La Promesse de l'aube, publié en 1960
Adieu Gary Cooper (The Ski Bum), 1965
Adieu Gary Cooper (La Comédie américaine 2), 1969
Chien blanc, publié en 1970
Les Trésors de la mer Rouge, publié en 1971
Europa, publié en 1972
Les Enchanteurs, publié en 1973
Clair de femme, publié en 1977
La Bonne Moitié (théâtre), 1979
Les Cerfs-volants, publié en 1980
Le Sens de ma vie. Entretien, préface de Roger Grenier, Gallimard (Lire l'article de Pauline Verduzier dans lefigaro.fr), 2014


Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi

L’Homme à la colombe, publié en 1958

 Sous le pseudonyme de Shatan Bogat

Les Têtes de Stéphanie, publié en 1974

Sous le pseudonyme d’Émile Ajar

Gros-Câlin, publié en 1974
La Vie devant soi (prix Goncourt 1975)
Pseudo, publié en 1976
 L’Angoisse du roi Salomon, publié en 1979Livres de poche Romain Gary

Filmographie :

1968 : Les oiseaux vont mourir au Pérou
1972 : Police Magnum / Kill !

 

 

Article de Patrick Ottaviani 11/2014

 

 

Romain Gary après l'annonce de son Prix Goncourt

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 L’auteur :

Romain Gary

   Romain Gary a 42 ans lorsqu’il est proclamé lauréat du prix Goncourt.
     Il est né le 8 mai 1914 à Wilno (aujourd’hui  Vilnius, en Lituanie). De son vrai nom Roman Kacew (prononcer Kat-sev), il est le seul écrivain français à avoir été récompensé deux fois par le célèbre prix. La première en 1956 (sujet de cet « Un Jour un Goncourt »), la seconde en 1975, sous  le pseudonyme d’Emile Ajar (en réalité Paul Pavlowitch, écrivain, petit cousin de Gary) pour le roman La vie devant soi.
   En 1937, sous le nom de Romain Kacew, il a publié Le vin des morts, une œuvre de jeunesse réservoir des matériaux de ses futurs romans.

   « Romain Gary de Kacev à Ajar » écrit Philippe Brenot dans L’esprit du temps, est un homme à l’identité complexe.Surtout quand les parents s’appellent Mina Owczynska et Arieh-Leïb Kacew, qu’ils ont été mariés par un rabbin, et que l’on arrive en France à l’âge de 14 ans pour y être naturalisé à l’âge de 21.
Romain Gary & Jean Seberg
  En Afrique, où il séjourne pendant la seconde guerre mondiale, Romain Gary fait partie du groupe de bombardement « Lorraine », rallié au général de Gaulle. Il devient par des faits glorieux un héros des Forces aériennes françaises libres.

  Sa vie est exceptionnellement riche et engagée. Orgueilleux, bohème, mythomane, provocateur, il n’est pas toujours compris par ses pairs. Il voue une admiration indéfectible à André Malraux, comme au général de Gaulle, mais surtout à Joseph Kessel son idole absolue.
  Il se suicide le 2 décembre 1980 dans son appartement parisien, consumé par une vie désorganisée, dépressive et nourrie de secrets.
  Il était – même s’il s’en défendait – un personnage attachant.

Place Romain Gary

  L’ANNEE 1956 

Bref condensé des actualités géopolitiques

Du côté du monde 

En cette année 1956, d’incessants mouvements de révolte grondent à travers le monde. Les peuples opprimés, voire spoliés, prennent conscience de leurs droits à s’autogérer, à disposer de leurs territoires en toute autonomie.
L’évènement majeur est sans doute la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Gamal Abdel Nasser nouvellement élu au terme d’un référendum où il a fait la quasi-unanimité des suffrages.
Homme d’envergure, sorte de « De Gaulle » égyptien, il boute hors de son pays les gestionnaires du canal que sont la France et l’Angleterre, qui déclarent aussitôt la guerre à l’Égypte, en alliance avec Israël, afin de protéger leurs droits administratifs et de péage (Angleterre).
Tout se terminera en fin d’année1956, par un règlement final du conflit sous l’égide des deux blocs dominateurs que sont les Etats-Unis et l’Union soviétique.
Nasser boutera hors de ses frontières les juifs anglais, arabes et grecs.
En Europe de l’Est, a lieu la tragique insurrection hongroise contre le régime soviétique, matée dans le sang.
Aux États-Unis, le président Eisenhower est réélu pour quatre ans.
Toujours aux États-Unis, à Montgomery, en Alabama, Blancs et Noirs prennent ensemble le bus pour la première fois.
Le 22 novembre s’ouvrent les Jeux Olympiques de Melbourne.
Un conte de fée, au milieu de ces mouvements géo-politiques : A Monaco, le prince Rainier III épouse, à 26 ans, la célèbre actrice américaine Grace Kelly. La cérémonie est retransmise en Eurovision dans 9 pays et suivie par 30 millions de téléspectateurs. 

 Du côté de l’Hexagone 

En phase de décolonisation, la France n’échappe pas aux soulèvements sur ses territoires d’outre-mer.
Au Maroc et en Tunisie, les protectorats français sont abrogés mais les protocoles d’indépendance, s’ils sont reconnus, ne se font pas sans violence.
 L’hiver est particulièrement rude  sur l’ensemble de l’hexagone : les températures descendent à -20° durant tout le mois de février.
Du 5 au 28 juillet a lieu le 43ième Tour de France cycliste gagné par le français Roger Walkowiak.
 Le 30 septembre, ont lieu les premiers attentats à la bombe du FNL (Front national de libération algérien), un décret relatif à l’application de la justice militaire est voté ; 250 000 hommes sont envoyés en renfort en Algérie.
Les usines Renault produisent la Dauphine, une voiture joliment élégante.
Côté social, une loi rend obligatoire les congés payés de trois semaines. 

 Bref condensé des actualités littéraires et artistiques 

 Du côté du monde 

Quelques livres, pour donner une idée de la texture littéraire de l’année 1956.
Le poète espagnol Juan Ramõn Jiménez devient lauréat du prix Nobel de littérature. C’est un homme de nature hyper sensible qui, sur plus d’un demi-siècle, s’est nourri du mot avec une recherche continue sur l’émotion et la pureté.
Aux États-Unis, est publié dans le genre science-fiction L’homme qui rétrécit de Richard Matheson.
Au Japon paraît le prodigieux roman de Yukio Mishima, Le pavillon d’or, traduit et publié aux éditions Gallimard cinq années plus tard.
Une vie de boy de l’écrivain camerounais Ferdinand Oyono, raconte l’histoire d’un boy travaillant chez un fonctionnaire colonial, roman tout à fait en adéquation avec ces voix qui s’éveillent ici et là dans les mouvements de décolonisation.
En Angleterre, paraît Les diamants sont éternels, de l’écrivain Ian Flemming, le quatrième de la série des James Bond.
A Salzbourg a lieu un Festival exceptionnel à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Mozart. 

Du côté de l’hexagone 

Un climat littéraire particulier traverse le monde des lettres parisien avec des articles de l’écrivain Alain Robbe-Grillet qui pose dans l’Express les bases d’une nouvelle voie littéraire qui sera intitulée « Le nouveau roman. »
L’emploi du temps de Michel Butor (pris Fénelon 1957), publié chez Gallimard, est un roman expérimental qui relève de cette orientation romanesque.
Aux éditions Flammarion, Jean de La Varende, publie Le Cavalier seul narrant le premier opus sur la trilogie de l’histoire d’un couple… Le cavalier seul est sans rapport avec la pièce de théâtre de Jacques Audiberti qui porte le même nom.
Albert Camus publie La chute aux éditions Gallimard.
Henri Thomas, quelque peu méconnu du grand public, secrétaire de l’hebdomadaire Terre des hommes, publie chez Gallimard, La nuit de Londres.
Le lis de mer, de Pieyre de Mandriargues, un conte sensible et exigeant, voit le jour chez Robert Laffont.
Au théâtre Montparnasse, Gaston Baty crée Pauvre Bitos de Jean Anouilh. Au studio des Champs-Élysées, la pièce de Marguerite Duras, Le square, est à l’affiche. Requiem pour une nonne de William Faulkner est adapté au théâtre par Camus. 

1956, c’est également l’année où Cousteau reçoit la Palme d’or du festival de Cannes pour Le Monde du silence, un regard nouveau ouvert sur la beauté d’un univers sans les hommes.
Un hommage est rendu à la pianiste Marguerite Long à la Sorbonne avec Georges Auric, Henri Dutilleux, Jean-Yves Daniel-Lesur, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Henri Sauguet.
En octobre succès de Brigitte Bardot dans le film « Et Dieu créa la femme. » de Roger Vadim.
Décès de « Mistinguett.»

 

Article du Monde Le mystère Gary

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