Françoise Rachmuhl

 

POÈMES

 

 

ENFANTEMENT

 

J’ai caressé ton front
la peau moite où sont collées des mèches
tes yeux tournés vers moi
leur regard opaque comme celui d’un nouveau-né

Je t’ai enfanté dans la mort

J’ai touché ton corps blanc inerte un caillou
à part quelques mouvements sans raison
ta bouche grande ouverte qui halète
pas de cri
plus de souffle
plus de son

Je t’ai enfanté dans la mort

J’ai écouté Brahms le trio pour piano violon et cor
l’adagio les larmes aux yeux
tu étais là avec moi
vivant
pas d’explication

Toi que j’ai enfanté dans la mort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NUIT

 

La nuit est un arbre
dont les racines plongent dans le terreau des peurs et des peines
son tronc l’interminable empilement des jours
de ses branches elle écorche les étoiles
y pendent les rêves
qui vous éclatent au nez dès qu’on les touche

La nuit les cris des mourants ne se font pas entendre
étouffés par la terre
mais est-ce que les mourants crient ?

La nuit est un gouffre
au bord
tu es là
sentinelle
m’empêcher d’y tomber ?
m’y pousser ?

plonger avec moi
nous perdre
pas de désir d’exploration pourtant

Halos et rumeurs de la fête
t’indiffèrent
ton souffle imperceptible sur les paupières
du petit enfant qui dort

La nuit revient tu reviens
marée prévisible impérieuse

M’y noyer ?

 

 

 

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