Dédicace Bove à Calet

Henri calet 3Lors de mes recherches sur Emmanuel Bove, j’avais découvert dans l’indispensable site de Jean-Luc Bitton[1] consacré à l’auteur de Mes amis, cette information titrée : ″Ensemble : Emmanuel Bove & Henri Calet″ et ainsi rédigé : « T'ai-je dit que j'ai Adieu Fombonne dédicacé à Calet : "En souvenir des heures passées ensemble. Emmanuel Bove" ? (mel de Bernard Morlino à Jean-Luc Bitton). Un objet avouons-le d’une grande rareté et jusqu’à présent la seule pièce connue sur l’éventuelle rencontre des deux écrivains. Nous savons qu’Emmanuel Bove publia Adieu Fombonne chez Gallimard, la même année et à la même date qu’Henri Calet son premier roman La Belle lurette.

Emmanuel Bove discret et peu disert, l’était tout autant dans l’exercice de ses dédicaces. En souvenir des heures passées ensemble, est donc une formule lapidaire tout à fait probable sous la plume d’Emmanuel.

Enthousiasmé et curieux de cette découverte d’une preuve d’une éventuelle relation entre Bove etEmmanuel calman levy 2 Calet, j’écrivis à Bernard Morlino par le biais de son blog et du Magazine Littéraire dans lequel il tient rubrique, pour lui demander la possibilité de confirmer cette information soit en me montrant ce rare Adieu Fombonne soit en me confiant – demande un peu présomptueuse – une image de cette dédicace. Je n’eus malheureusement aucune réponse de Bernard Morlino. Un silence tellement hermétique vis-à-vis d’un bovien à l’égard d’un autre bovien que je me questionnai sur la véracité de l’existence de cette pièce. Puis je me raisonnai en pensant que tout un chacun à un emploi du temps qu’il ne peut étirer pour répondre à tout un chacun.

Au courant des années 2015-2016, une avalanche heureuse de rééditions des ouvrages d’Emmanuel Bove débarqua dans les librairies : Mes amis aux éditions L’Arbre-Vengeur ; Cœurs & Visages et Journal écrit en hiver, aux éditions Sillage ; puis en queue de peloton Le Beau-fils par le Castor Astral. Cette dernière réédition proposée avec une préface de Bernard Morlino dans laquelle il revient sur son précieux bien : « Lors d’une halte chez un bouquiniste, j’ai déniché Adieu Fombonne, un service de presse NRF 1937. L’exemplaire comporte un envoi : « A Henri Calet, en souvenir des heures passées ensemble. Emmanuel Bove. [2]» Ce livre, Bove l’a écrit, Calet l'a lu. »

Dans le mel à Jean-Luc Bitton, Bernard Morlino signale simplement qu’il possède cette perle rare, mais dans la préface de Beau-fils, il précise que c’est lors d’une halte chez un bouquiniste qu’il déniche, comme tombé du ciel, ce livre rare. Je suis peut-être suspicieux mais dans le cas où il me serait arrivé de tomber sur une aussi singulière trouvaille pendant mes haltes chez les bouquinistes, je n’aurais pas pu m’empêcher de raconter avec moult détails les moments de ce dénichage : le nom du quai ou de la boutique du bouquiniste, ma surprise, voire ma stupeur devant l’objet miraculeusement remonté à la surface en fouillant les rayonnages ou les cartons de la boutique, mon anxiété devant le prix que je devrais payer pour l’acquérir me permettant ainsi, et par la suite, d’écrire fièrement à un ami bovien : « T’ai-je dit, que j’ai Adieu Fombonne, etc. ». Pour Bernard Morlino rien de tout cela, une petite halte on ne sait trop où et le voilà reparti avec, dans sa poche ou une pochette plastique, une pièce unique qui permettrait de dissiper un peu d’ombre dans la biographie d’Emmanuel Bove.

Ces deux écrivains parisiens de cœur nés à une centaine de mètres l’un de l’autre – Bove à la maternité de Port-Royal, Calet à la clinique Tarnier, 89, rue d’Assas – auraient donc en commun des souvenirs de moments passés ensemble.

Je ne parviens pas à croire qu’il n’y a pas derrière cette fanfaronnade de bibliophile bovien, une mystification. Mais si l’on considère, par exemple, que dans tout lapsus il y a une part de vérité dévoilée, dans toute mystification il existe, en arrière-plan, une vérité que l’on pressent. Oui, il y a de grandes chances qu’Emmanuel Bove et Henri Calet se soient rencontrés et de grandes chances pour que cette première rencontre se soit produite dans les bureaux des éditeurs de la rue Sébastien-Bottin en octobre ou un peu avant octobre 1935 date de parution de La Belle lurette et du Pressentiment aux éditions Gaston Gallimard. 

Il nous manque simplement une preuve et celle que nous pourrions avoir est secrètement et jalousement gardée par Bernard Morlino. Je renouvelle donc dans ces lignes ma demande pour m’assurer de l’authenticité de ce document.  

Depuis le début de mon travail sur Emmanuel Bove, j’aime fouiller dans les casiers destinés aux cartophilistes. Je saisis, derrière l’onglet du département de l’Oise, la liasse des cartes postales et les fais défiler fébrilement entre mes doigts pour ne m’arrêter que sur celles représentant Compiègne. Je retourne chacune d’elle pour regarder son verso dans l’espoir de tomber sur l’écriture d’Emmanuel Bove. Une carte égarée qui aurait échappée à la vigilance ou à l’ignorance de ces messieurs du métier. Une carte de Compiègne qu’Emmanuel aurait écrite, attablé dans une de ses habituelles brasseries du centre-ville où il travaillait parfois ou simplement attendait l’heure de son train pour Paris. Une carte postale adressée, par exemple, à Pierre Bost, Philippe Soupault ou, allez savoir, à Louis Jouvet à l’adresse du Théâtre des Champs-Elysées. Elle contiendrait de simples mots écrits de son écriture fine et serrée, pour s’excuser de ne pouvoir se rendre au rendez-vous prévu ou pour prévenir de son futur passage.

Je pourrais même prétendre posséder une de ces cartes postales, une rare ! Par exemple celle extraordinairement adressée à Eugène Dabit, 102, quai de Jemmapes, à l’époque où les deux écrivains adhéraient à l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires) et se retrouvaient régulièrement au Palais de la Mutualité pour les réunions préparatoires au ″Congrès international des écrivains pour la défense de la culture″, congrès qui s’est tenu du 21 au 25 juin 1935. Elle serait rédigée à la hâte et ne contiendrait également qu’une courte phrase pour confirmer un rendez-vous ou assurer que l’on a bien reçu les dernières consignes pour l’organisation du Congrès.

Carte postale de compiegne 2Ce document ne serait pas vraiment une complète mystification puisqu’une telle missive a bien pu être écrite par Emmanuel Bove, envoyée à Eugène Dabit puis s’être perdue pour revenir des décennies plus tard au beau milieu d’un marché aux papiers anciens.

Pour l’instant je n’ai rencontré que des cartes postales au verso souvent vierge ou adressées à des anonymes pour moi.

Mais qui sait un jour, vous m’entendrez peut-être vous dire : « T’ai-je dit que j’ai une carte postale de Compiègne, datée de mars 1935 avec, au verso, ces mots d’Emmanuel Bove à Eugène Dabit, etc., etc. »

David Nahmias 12/2016


[1] www.emmanuel-bove.net

[2] Les lettres manuscrites que j’ai pu consulter d’Emmanuel Bove à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) et ailleurs, sont signées : E. Bove et pratiquement jamais Emmanuel Bove.

 

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Le Beau-fils - Emmanuel Bove
Edition Le Castor Astral - Préface Bernard Morlino

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